Droits humains : le monde bascule, et nous ?

Le Rapport mondial 2026 de Human Rights Watch dresse un constat alarmant : sous les coups de l’administration Trump, soutenue tacitement par Pékin et Moscou, l’édifice international des droits humains vacille dangereusement. Mais la résistance citoyenne, partout dans le monde, refuse de céder.

Il y a vingt ans, les États-Unis mobilisaient la communauté internationale contre les atrocités au Darfour. Aujourd’hui, le président Trump se vante de « ne pas avoir besoin du droit international », préférant s’appuyer sur sa « propre morale ». Le contraste est vertigineux. Et le constat de Human Rights Watch, dans son Rapport mondial 2026, est sans appel : 2025 a marqué un point de bascule.

L’étau se resserre

En à peine douze mois, l’administration américaine s’est retirée du Conseil des droits de l’homme de l’ONU et de l’Organisation mondiale de la santé. Elle a sanctionné le Procureur de la Cour pénale internationale, gelé l’aide étrangère vitale pour des millions de personnes — hommes, femmes et enfants — et boycotté l’examen de son propre bilan en matière de droits humains. Elle prévoit de quitter 66 organisations internationales, qualifiées de « modèle obsolète de multilatéralisme ».

Parallèlement, 72 % de la population mondiale vit désormais sous des régimes autocratiques, un niveau comparable à celui de 1985. La vague démocratique amorcée il y a un demi-siècle a cédé la place à ce que les universitaires appellent une « récession démocratique ». Et cette fois, les États-Unis eux-mêmes figurent parmi les pays qui reculent.

L’Europe dans l’ombre ?

Face à cette offensive autoritaire, que font nos gouvernements ? Force est de reconnaître que la réponse européenne a de quoi inquiéter. L’Union européenne, le Canada, l’Australie semblent mettre en sourdine leurs préoccupations, craignant de froisser Washington ou Pékin. En Europe occidentale — y compris en Belgique —, les restrictions aux activités de la société civile et aux manifestations se multiplient. Au Royaume-Uni, en France, en Allemagne, de nombreux·ses citoyen·ne·s acceptent que les droits des « autres » soient rognés : migrant·e·s, femmes, minorités, personnes LGBT.

Mais l’histoire nous l’enseigne, et le rapport le rappelle avec force : les aspirant·e·s autocrates ne s’arrêtent jamais aux « autres ».

Le tableau mondial assombrit encore le constat. Au Soudan, les Forces de soutien rapide commettent des meurtres et des viols à grande échelle au Darfour — avec le soutien militaire présumé des Émirats arabes unis. Dans le Territoire palestinien occupé, plus de 70 000 personnes ont été tuées depuis octobre 2023, dans une réponse internationale largement insuffisante. En Ukraine, les crimes russes se poursuivent tandis que Trump propose une « amnistie totale » pour les crimes de guerre. Le message de cette ère est limpide : la force fait loi et les atrocités n’empêchent pas de conclure des deals.

Comment encore y croire ?

Comment avoir confiance dans un système international où les États-Unis, la Chine et la Russie — trois puissances aux moyens considérables — partagent désormais un même mépris pour les normes qui pourraient limiter leur pouvoir ? Comment croire à la justice internationale quand Washington sanctionne la CPI tandis que Moscou fait condamner ses magistrat·e·s par contumace ? Comment, depuis Bruxelles ou Liège, regarder ailleurs quand nos propres gouvernements restent silencieux face à ces gouffres que creusent les grandes puissances ?

L’espoir est dans la rue

Et pourtant. Chaque jour, nous voyons éclore des résistances. Les manifestations « No Kings » ont rassemblé des millions d’Américain·e·s. En Corée du Sud, le parlement a destitué un président qui tentait d’imposer la loi martiale. Au Népal, en Indonésie, au Maroc, la génération Z se dresse contre la corruption et la mauvaise gouvernance.

Human Rights Watch appelle à la création d’une nouvelle alliance mondiale de démocraties respectueuses des droits — du Brésil au Japon, de l’Afrique du Sud à la Corée du Sud. Des initiatives existent déjà : le sommet « La démocratie pour toujours » au Chili en juillet 2025, le Groupe de La Haye pour la défense du droit international, plus de 70 pays signataires d’une déclaration commune pour le multilatéralisme à l’ONU.

Mais ces coalitions ne suffiront pas sans nous. Sans les citoyen·ne·s qui descendent dans la rue. Sans les organisations qui documentent, dénoncent et mobilisent — malgré les menaces croissantes. Au Soudan, en Ukraine, à Hong Kong, des réseaux locaux de solidarité comblent les défaillances des États. Ils sont la preuve vivante que le pouvoir du peuple reste un moteur de changement, même dans les heures les plus sombres.

Charge à nous non pas de contempler l’obscurité, mais de fournir les bougies qui éclaireront les pistes vers un avenir où le respect de tous les droits fondamentaux ne sera pas négociable. Briser la vague autoritaire est le défi de toute une génération.

À nous de le relever.


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