Inscrite dès le premier article de la Déclaration universelle des droits de l’homme, la dignité humaine est le socle de tous nos droits fondamentaux. Mais si elle nous protège, ne nous oblige-t-elle pas aussi ? Réflexion sur ce qui fait de nous des êtres humains – et des citoyen·ne·s.
« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. » Ces mots, gravés dans l’article premier de la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée le 10 décembre 1948, constituent le fondement de tout l’édifice des droits humains. Avant même la liberté, avant l’égalité, il y a la dignité. Elle n’est pas un droit parmi d’autres : elle est ce qui rend tous les autres droits possibles et nécessaires.
Le socle de notre humanité
La dignité est ce qui nous est reconnu du simple fait d’exister. Elle ne se mérite pas, ne se gagne pas, ne peut être retirée par aucun régime, aucune loi, aucun bourreau. Comme l’écrit le philosophe Achille Mbembe : « La décision concernant notre engendrement ne nous appartenant point, nous ne sommes donc pas comptables devant le fait d’être né. Encore moins d’être né là, de ceux et celles-là, dans ce pays et dans ces conditions. »1
Cette vérité est radicale. Personne n’a choisi de naître femme ou homme, ici ou ailleurs, dans l’abondance ou la précarité. Cette absence de choix fonde précisément l’égale dignité de tou·te·s. D’explication ou de justification, nous n’en devons aucune à aucune instance quant au fait brut de notre existence. Et pourtant, combien sont jugé·e·s, condamné·e·s, rejeté·e·s pour ce qu’ils et elles n’ont jamais choisi ?
Les dignités piétinées
Force est de reconnaître que certain·e·s subissent une double, voire une triple peine. Les femmes, d’abord, dont la dignité est quotidiennement bafouée par les violences sexistes, les discriminations systémiques, le contrôle exercé sur leurs corps. Du harcèlement de rue aux féminicides, de l’inégalité salariale aux entraves à l’avortement, leur humanité est sans cesse remise en question.
Les migrant·e·s, ensuite, coupables d’être né·e·s du mauvais côté d’une frontière arbitraire. Ces femmes, ces hommes et ces enfants qui dorment sur les trottoirs de Bruxelles ou de Liège, à qui la police confisque parfois les bâches avec lesquelles ils et elles tentent de se protéger du froid. Leur crime ? Avoir fui la guerre, la misère, la persécution. Avoir osé croire que leur vie valait quelque chose.
Les victimes du réchauffement climatique, enfin, doublement invisibilisées. Celles et ceux qui voient leurs terres englouties par les eaux, leurs récoltes anéanties par la sécheresse, leur existence rendue impossible par un dérèglement dont ils et elles ne sont pas responsables. Le Bangladesh n’a pas provoqué la crise climatique. Le Sahel non plus.
Le miroir qui nous regarde
Comment préserver notre propre dignité quand nous détournons le regard ? Comment rester digne lorsque nous savons que des armes fabriquées en Wallonie servent à massacrer des civil·e·s au Yémen ? Comment nous regarder dans le miroir quand la Méditerranée continue d’engloutir celles et ceux que Frontex refoule ?
La dignité, comprise dans toute sa profondeur, n’est pas seulement un bouclier. Elle est aussi un aiguillon. Elle nous interpelle, nous bouscule, nous empêche de nous réfugier dans l’indifférence confortable. Reconnaître la dignité de l’autre, c’est reconnaître qu’il ou elle est mon égal·e en humanité. Et cette reconnaissance m’engage.
Chaque jour, des citoyen·ne·s refusent de se résigner. À Bruxelles, des bénévoles accueillent les exilé·e·s que l’État abandonne. Des femmes brisent le silence et se lèvent ensemble. Des jeunes se mobilisent pour la Palestine, conscient·e·s que la dignité des générations futures se joue maintenant.
Ces femmes et ces hommes ne font pas que défendre les droits des autres. Ils et elles honorent leur propre dignité en refusant d’être complices par leur silence. Notre dignité ne peut être complète si nous acceptons que celle des autres soit piétinée. Elle n’est pas un trésor à conserver jalousement : elle grandit lorsqu’elle se partage, elle s’étiole lorsqu’elle se replie.
Notre dignité exige que nous luttions pour celle des autres. C’est notre humanité qui est en jeu.
À nous d’agir.
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- https://aoc.media/opinion/2025/12/29/meditation-sur-le-passant-2 ↩︎